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Le portrait du jour : Cuauhtémoc Blanco
Jeudi soir, contre l'Italie, Cuauthémoc Blanco a fait sa spéciale. Entré, offrir un amour de passe décisive, puis se prendre un carton jaune. Génial mais incontrôlable, ainsi est l'inventeur du saut du crapaud depuis ses débuts. Né dans un quartier populaire de Mexico et grandi dans la zone la plus turbulente de l'immense capitale aztèque, Tepito, Blanco a toujours semblé se battre contre la terre entière sur un terrain. Contre ses adversaires bien entendu, mais aussi face aux supporters adverses et aux arbitres, avec qui il entretient toujours un dialogue soutenu, mais pas toujours correct.

A 37 ans, l'autre empereur Cuauhtémoc s'apprête à disputer sa troisième Coupe du Monde. La première remonte à 1998, où outre son bond d'amphibiens entre deux Coréens, il avait marqué le tournoi français par une déviation victorieuse spectaculairement acrobatique face à la Belgique. Mais seul le premier geste est resté dans l'histoire. Ainsi est Cuauhtémoc. Magnifique technicien doté de la plus belle vision de jeu du Mexique depuis bientôt 20 ans, il voit ses plus belles fulgurances enfouies sous un tas de scandales. Il fut ainsi suspendu en an de la Copa Libertadores après avoir déclenché une bagarre qui tourna à l'émeute générale : des tribunes du stade Azteca, le domicile de l'America, le club de coeur du «Cuau», comme on l'appelle au Mexique, tombèrent des parpaings et même une pelle de chantier !
Joueur dans tous les sens du terme, Blanco s'est aussi souvent signalé par ses célébrations peu communes, comme d'aller imiter un chien qui urine dans les filets adverses, ou de s'allonger devant un entraîneur qu'il n'avait pas apprécié, Ricardo Lavolpe en l'occurrence. Ce goût pour l'outrance et la vengeance, Blanco le ruminera en 2006, quand l'entraîneur argentin devenu sélectionneur d'El Tri le priva de Coupe du Monde. Le crapaud semblait alors bon pour la retraite internationale, et lui-même n'imaginait pas avoir l'opportunité de participer à nouveau à un tournoi mondial.
Mais Cuauhtémoc, malgré tous ces écarts -il a encore été aperçu cigarette au bec lors de la concentration du Mexique- sera bien là le 11 juin pour la partie inaugural du
Mondial 2010. Il ne sera sans doute pas aligné au coup d'envoi -à 37 ans, le bon vivant ne tient plus 90 minutes au très haut niveau- mais pourrait s'avérer très utile à sa sélection quand il s'agira de trouver l'ouverture ou de mettre le pied sur le ballon dans les 30 dernières minutes. Sa passe décisive contre l'Italie a encore montré de quoi il était capable.
Depuis le début de sa carrière, le numéro 10 fonctionne à l'instinct, à l'affectif, et ainsi s'explique sa préparation si spéciale. En décembre, le «Cuau» a signé en D2 mexicaine, à Veracruz, un club où il avait brillé plus jeune. Pour bien montrer qu'il se foutait du quand dira t-on, il a aussi commencé à animer une émission télé sur le modèle de «la noche del Diez» de Maradona. Imagine t-on Zidane avoir préparé son dernier mondial à Dijon tout en étant employé par TF1 ? Au Mexique, beaucoup estiment que Cuauhtémoc avait le niveau pour jouer dans les plus grands clubs d'Europe. Mais son passage sur le Vieux Continent, au modeste Real Valladolid, fut gâché par une blessure grave qui l'empêcha de briller. Pour que le monde se souvienne de lui pour autre chose que son saut du crapaud, Blanco dispose d'une dernière opportunité inespérée. La France va t-elle apprendre à ses dépens à mieux connaître Cuauhtémoc ?