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Le portrait du vendredi : Florent Malouda, l'obstiné

De Guingamp à Chelsea, en passant par le Lyon de la meilleure époque : voilà un parcours modèle qui devrait susciter le consensus. Pourtant, Florent Malouda commence tout juste à faire l'unanimité à l'aube de ses 30 bougies qu'il soufflera pendant le Monidal 2010. En cause, plus que sa baisse de régime entre 2007 et 2009, une esthétique qui provoquait des réactions épidermiques. Le joueur de couloir symbolisait un foot à angles droits, sans courbes, sans grâce, mécanique, froid .. Car Malouda n'esquive pas ses adversaires, comme tout ailier de bon goût, il leur saute par-dessus, les pousse, défriche à la serpe. Un adepte du passage en force. Une esthétique de footballeur américain. C'était en tout cas encore le cas avant le début de sa formidable saison.
Surtout, Malouda épousait jusqu'à la caricature le rôle à la mode de l'attaquant qui défend. Paul le Guen en fera d'ailleurs à l'occasion un arrière latéral avec ce succès. Ses prédispositions défensives en feront une vache sacrée du onze de Raymond Domenech jusqu'à la faillitte de son système à l'Euro 2008, une compétition que Malouda avait abordé sans gaz, au terme d'une saison où l'ex guingampais avait peiné. Ejecté de l'équipe titulaire lors du troisième match, Malouda se rebellera alors envers un sélectionneur qui en avait fait un indéboulonnable. Sans doute l'acte du naissance du Malouda de troisème génération.
Le premier était un ailier-milieu offensif doué, transformé dans un deuxième temps en joueur à haut rendement une fois intégré dans l'écurie lyonnaise. Le troisième et dernier met son volume de jeu, plus seulement au service de l'équipe, mais aussi au service d'une créativité débridée sur le tard et d'une nouvelle volonté d'efficacité. Preuve en est, cette saison, le Guyanais totalise déjà 11 buts, la meilleure marque de sa carrière, auxquels s'ajoutent presque autant de passes décisives. Des stats qui attestent un grand joueur, dont il a aujourd'hui l'extra-lucidité. Car le Malouda 2009-2010 n'est plus une machine à centre aléatoire, mais est devenu un véritable tueur, même sur ses centres-longs, son talon d'Achille pourtant.
Rétrogradé dans la hiérarchie de Domenech depuis ces propos d'après Euro où il avait dénoncé le double discours du sélectionneur, le Guyanais s'imposerait aujourd'hui comme la situation évidente dans le couloir gauche des Bleus s'il n'était pas déjà encombré par Thierry Henry et les demandes de Ribéry. Car pendant que d'autres déclinaient ou râlaient, lui, a continué à travailler comme un forcené. Là est bien la constance du Guyanais d'un bout à l'autre de sa carrière : arracher aux forceps ce que son talent initial ne lui permettait pas d'entrevoir à ses débuts : une place de titulaire chez le leader de la Premier League, et sans doute une participation à une deuxième Coupe du Monde, qu'il soit titulaire ou non.